Dans chaque enfant, il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant. Pablo Picasso

Brother1-L’éveil

Je vais te suivre un moment, Brother, dans le fil de ta trajectoire artistique, traversant des courants, des modes et des transmutations. Dans ton histoire, l’enfance a le premier rôle. Déterminante par les lignes de force qui vont se dessiner pour trouver plus tard leur sillon créatif.

Dans ton enfance, les premiers signes apparaissent et tu commences à les suivre…

Une grâce naturelle
Toi, tu as eu une très belle enfance, tu le proclames à chaque fois qu’on t’interroge sur ta vie.
Et on ne peut que te croire quand on regarde tes photos de jeunesse.
Sur ces photos, tu n’as pas l’air figé de ces enfants qui font semblant d’être enjoués pour plaire à l’instant et à la postérité. Non, tu ne joues pas, tu es, et ton sourire est lumineux. Adulte, tu garderas ce sourire ravageur, qui surgira presque par effraction sur scène, réservé aux musiciens autour de toi ou plus furtif en chantant, comme inspiré par un rêve intérieur, et tu en feras aussi don au public dans les concerts. Mais ça, tu ne le sais pas encore…

L’envol possible
Parmi ces photos, il y a LA photo. Celle que j’aime, parce qu’elle incarne tellement bien cet imaginaire actif de l’enfance. Tu es de profil, juché sur un muret, on voit en contrechamp un paysage arboré, tu es vêtu d’un short blanc, d’une chemise et d’un pull, ton corps est incliné presque à l’horizontale, genoux pliés et bras déployés comme les ailes d’un oiseau, tu arbores un éclatant sourire d’audace joyeuse, la mèche rebelle. Tu vas t’élancer.
En contrebas, on aperçoit deux femmes, l’une rit ravie en te regardant, l’autre de profil, sourit. Il émane de cette photo une grande confiance en la vie.

Enracinement et transmutation, duo gagnant pour toi
Lorsque tu évoques ton enfance, c’est pour affirmer que tu avais des parents aimants. Tu es le cadet d’une famille de quatre enfants, dont trois filles, ta grande sœur jouera un rôle clé dans ton éducation musicale.
C’est une famille attentive et simple qui te donne un cadre mais sans te brimer, ni t’étouffer. Ton père est un homme calme, solide, amoureux de la nature, fermier devenu mineur, il conduit les chevaux qui charrient le minerai. Sur une photo, on te voit petit à côté de lui, juché sur un poney.
Ta mère est expressive, gaie, citadine, tu es le seul garçon, sans doute es tu au centre de son affection. Elle te permet de découvrir le cinéma et des figures masculines à l’allure élégante qui t’inspireront, Gary Cooper, Cary Grant, Fred Astaire…. Le nom du cinéma de quartier que tu fréquentes alors dans ta ville natale entrera dans ton scénario artistique. Et sans doute aussi toutes les images sur lesquelles tu rêves, éveillé, dans la salle de cinéma.

So swinging
A la maison, vous écoutez la radio, chantez ensemble, tu affectionnes la musique américaine, jazz et blues. Ta grande sœur joue au piano des airs des années 20, tu l’écoutes et tu t’en imprègnes. Elle t’initie à cet instrument de musique dont tu feras plus tard l’allié précieux de tes compositions et l’expression de tes états d’âme.
A huit ans, lors d’un concours, tu gagnes deux places au premier rang pour aller voir un concert de rock, tu jubiles… Ta culture musicale s’enrichit peu à peu, tu captes des sons, des rythmes, des tonalités, le projet est encore en germe. Adulte, tu traverseras tous ces genres musicaux.

Un contexte favorable à l’éclosion des talents
C’est une époque particulière dans laquelle tu vis à ce moment-là, dans une province à la fois rurale et industrielle avec un essor économique, social et culturel dont tu vas bientôt pouvoir profiter. Pour le moment, tu élargis le périmètre de tes envies, de tes expériences, de tes influences, tu prépares les semis de ta future culture artistique.
En allant à l’école, tu croises des mineurs. La valeur travail, tu la reçois en éducation, tu en garderas cette obsession laborieuse, artisanale au sens noble, de revenir sur l’ouvrage musical pour trouver le tempo juste et les bons arrangements.

Chemins de traverses, croisée des chemins
Revenons à tes quatorze ans, tu fais des petits boulots comme vendeur de journaux, gagnant ainsi l’argent de poche pour te payer des disques. En complément, tu décroches un job chez un tailleur qui te donnera le goût des belles étoffes et de la mode “chic”. Sans le savoir, tu peaufines déjà ton image et ton look futur, toujours raffiné.
Tu fais enfin l’acquisition de ton premier disque de jazz, Charlie Parker et Miles Davis, à coup sûr, un goût sûr !
Tu suis une autre piste à la même époque, tu te passionnes pour le cyclisme et le Tour de France, fantasmant de devenir un coureur cycliste “romantique” comme une de tes idoles. Tu t’inscris à un club de vélo, tu y fréquentes des garçons de ton âge, loin de te douter que ce geste t’amènera vers une opportunité… mais pas celle que tu crois.
Tes professeurs ont de l’intuition, ils repèrent en toi des capacités, on en reparlera. L’un d’eux te propose de jouer le rôle de Malvolio dans “La Nuit des rois” de Shakespeare. Grimé, costumé, tu éprouves pour la première fois la crainte puis le plaisir délicieux d’être sur scène et d’être applaudi, un premier ancrage.

L’enfance, là où tout se joue et où à la fois rien n’est joué
Enfant, Brother, tu es plein d’aspirations plus fortes que toi et tu te construis avec des archétypes qui sont le noyau de ta future expression artistique.
Créativité, absorption de l’air du temps, ambiance musicale, projections et rêveries, sens du travail, tout cela te forge. Tu pousses tranquillement dans ce substrat où tu te nourris de ces racines dont tu diras plus tard qu’on ne peut s’en échapper.
Et pourtant tu rêves déjà de t’en extraire et d’aller ailleurs. Sauf que tu ne peux pas encore imaginer quelle vie extraordinaire tu vas avoir.

Bientôt va s’amorcer le tournant décisif de l’adolescence…

[A suivre]                   Ôty dit ce qu’il pense de cet article

 

Parcours de création : L’éveil/ Pour aller plus loin…

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